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jeudi 19 avril 2012

CITOYENS CAMEROUNAIS ET PATRIOTISME


Par Loïc Armel KENGNE WAFO,
Etudiant en droit public
, Université de Yaoundé II SOA


Le 1er janvier 1960, après des années de servitude et de colonisation, le Cameroun accédait à l’indépendance (du moins sur les papiers).un demi siècle après ce jour historique, des incertitudes planent quant à l’avenir de l’Afrique en miniature.
Au « berceau de nos ancêtres »[1] en effet, sévit une multitude de problème qui compromettent sérieusement son avenir ; on peut sans être exhaustif citer : la corruption, l’injustice, les détournements de fonds, le tribalisme …ETC
Tous ces problèmes qui minent notre pays font couler beaucoup d’encre et de salive certes !mais, on peut les résumer en un thème fédérateur : LE PATRIOTISME. Il s’agit de l’amour que nous ressentons pour notre « terre chérie »[2], et de ce point de vue, la question qui se pose est de savoir si les camerounais aiment leur pays .dit autrement, les citoyens camerounais sont ils patriotes ?
Cette question est la plus importante car c’est l’amour que ressent une personne pour sa patrie qui la pousse à servir ce pays. Au Cameroun, la question vaut son pesant intellectuel car face aux dérives de ce pays, on peut mettre en doute  le patriotisme des camerounais (II).mais avant de soutenir une telle assertion, il sied dans un premier temps d’élucider la notion même de « patriotisme » (I).


I-  CONSIDERATIONS SUR LE PATRIOTISME.
Le terme « patrie » vient du latin « pater » qui veut dire « père »,la patrie est donc notre « père »,c’est le pays auquel on appartient comme citoyen[3].la patrie, c’est le pays qu’on aime par-dessus tout : le patriotisme est donc, de ce point de vue, l’amour de sa patrie .Charles DE GAULLE disait, « le patriotisme c’est aimer son pays ».si le patriotisme renvoie  comme nous le constatons à l’amour de son pays(B), on ne peut véritablement le comprendre qu’a travers l’étude de son fondement ultime :le civisme(A).

A- LE CIVISME, fondement ultime du patriotisme.
L’idée qui régît l’ordre sociétal est celle de l’intérêt général. En effet, par soucis de l’intérêt de tous, dans le « contrat social »[4] les hommes se sont fixé des règles ayant pour but la préservation du bien commun[5].
Le civisme consiste donc au respect de ces différentes règles car ce bien commun nous interpelle tous et nous en sommes responsables chacun a son niveau. C’est le civisme qui nous  fait comprendre que nous devons travailler pour faire avancer notre pays : c’est à ce niveau que nait l’idée de « devoir » car on peut lire dans  la constitution que chacun doit participer aux charges publiques[6].
Le civisme signifie, outre le respect des règles, que nous avons des devoirs envers notre patrie, le devoir d’assurer sa souveraineté, le devoir de défendre ses intérêts qui sont en réalités nos intérêts. Le civisme implique aussi le devoir de vivre ensemble, dans la paix.
C’est dire au demeurant que le civisme est le sentiment qui nous pousse à être responsable de notre patrie, c’est le sentiment qui nous pousse à comprendre que nos droits sont indissociables de nos devoirs[7]. Mais, le civisme ne peut se réaliser sans amour.

B- LE PATRIOTISME, l’amour de son pays.
Le civisme est le fondement du patriotisme qui, se démarque par son caractère un peu plus affectif, en sorte que le patriotisme est la somme de l’addition « civisme + affection ».
Le patriotisme, c’est l’amour de son pays, le sentiment qu’on a une dette envers ce pays qui nous a tout donné ; une dette envers nos aïeux qui se sont battus pour nous : un auteur disait en effet, « le patriotisme c’est l’amour du passé ».
Comment ne pas aimer sa patrie ? Patrie à propos de laquelle écrivait Paul LEAUTAUD, « vous êtes nés dans ce pays et vous en êtes fier et vous lui êtes attachés »[8]. C’est pour cela qu’un patriote doit être ému devant les emblèmes nationaux (drapeau, hymne, devise). Un pays exemplaire dans ce domaine, c’est bien les Etats unis d’Amérique du nord : les américains sont de très bon patriotes, qui aiment leur pays et en sont jaloux à un point tel que les autres n’existent pas pour eux.
En outre, le patriotisme implique l’idée de solidarité. Cela, les français l’ont bien compris en 1789[9]. Le texte de la révolution, considéré par les juristes comme étant les droits de l’homme de la troisième génération après ceux énoncés par les pactes de 1966[10], sou tend l’idée de solidarité entre les citoyens[11]car, être patriote c’est aussi aimer son prochain, le respecter et être indulgent avec lui.
Etre patriote, c’est aussi être prêt à faire des sacrifices pour sa patrie car « si la guerre est horrible, le patriotisme ne serait il pas l’idée qui l’entretien ? »S’interrogeait Guy DE MAUPASSANT[12]. Toutefois, le patriotisme n’est pas haine des autres.
C’est tout simplement l’amour de son pays, la fierté d’appartenir à ce pays et le sentiment de devoir défendre ce pays partout ou besoin sera. Si c’est ce sentiment que ressentent les américains, les français et tous les autres, quid des citoyens camerounais ?


II- CITOYENS CAMEROUNAIS ET PATRIOTISME
Lorsqu’on regarde les agissements des camerounais (pas tous quand même !) on se rend compte qu’ils ne sont pas patriotes, aussi pouvons nous affirmer qu’il y’a une absence flagrante de patriotisme au Cameroun (A). Or le Cameroun doit se développer et pour cela il faut des citoyens patriotes. Voila pourquoi il faut reconstruire le patriotisme (B).

A- UNE ABSENCE FLAGRANTE DU PATRIOTISME AU CAMEROUN.
Ce que nous essayons de démontrer ici c’est que les camerounais ne sont pas patriotes, le patriotisme étant pour eux une notion étrangère. Plusieurs faits démontrent cet état des choses.
D’abord, l’égoïsme. En effet, les camerounais ne pensent qu’à leurs intérêts personnels sans se soucier des autres or le patriote n’est pas égoïste. Ce qui est déplorable c’est que cet égoïsme se retrouve même dans les plus hautes sphères de l’appareil étatique et on peut le voir ! C’est par exemple le cas de ces « vieux » qui ne veulent pas céder la place aux autres, ils croient que l’Etat est leur patrimoine, mal leur en prendra un jour !
L’autre fait qui démontre l’absence de patriotisme c’est le fait pour des hauts responsables de l’état de distraire les fonds publics et de les utiliser à des fins personnelles[13]. C’est absolument déplorable car le patriote doit préserver les biens communs et non les aliéner. D’ailleurs, ces « détourneurs » sont inintelligents car par leurs actes ils se font du mal à eux-mêmes et sans s’en rendre compte non, non et non ! Il faut mettre fin à la cleptomanie au sein de nos institutions.
Il y a aussi le problème des mentalités, les camerounais sont très matérialistes. Le camerounais se souci de sa petite famille à l’exclusion de ce qui peut se passer chez le voisin, bref il n’est pas solidaire des autres. Pour s’en convaincre, il faut jeter un regard sur la société et on se rendra compte qu’il y a une minorité qui vit paisiblement et au détriment des autres. Or nous l’avons vu plus haut, le patriotisme c’est aussi la solidarité. Ce problème de mentalité[14] débouche sur le non respect des emblèmes nationaux. Comment ne pas être ému à l’écoute de notre hymne national ? Comment ne pas être ému lorsqu’on arbore le drapeau de notre pays ? Ils portent le drapeau de la république sur leur épaule mais pourtant ils sont corrompus ; il décide d’enlever le maillot de la république à l’entrée d’un match important de coupe du monde ; il porte le maillot du Cameroun mais il est prêt à le vendre à cause d’une querelle personnelle : tout ceci choque avec l’idée « d’amour de sa patrie ».
La nation, c’est-à-dire la « volonté de vouloir vivre ensemble »[15] est un élément important du patriotisme. Mais au Cameroun elle se heurte au tribalisme, et on se pose une question : est ce que un citoyen qui aime son pays peut soutenir une thèse qui prône la division alors même que la constitution proclame « la fierté de la diversité culturelle et linguistique »[16] ? Un autre problème est la fuite de nos cerveaux pour aller servir les patries des autres : il ne faut pas les en vouloir à tous car voulant revenir au pays après avoir acquis beaucoup de connaissances, la diaspora se heurte à l’égoïsme du système en place.
On constate, au regard de tous ces fléaux qu’au Cameroun, le patriotisme n’est pas « la chose du monde la mieux partagée »[17]. Face à cet état des choses, il faut reconstruire le patriotisme camerounais.

B- LA RECONSTRUCTION DU PATRIOTISME AU CAMEROUN.
L’éducation apparait comme étant le principal moyen d’éduquer la population au patriotisme. Notre patrie nous appartient, le Cameroun est un héritage historique, spirituel et culturel. Il ne faut pas perdre de vue que pour que nous puissions avoir des routes, il a fallu que nos ancêtres travaillent durement et aujourd’hui, nous devons respecter ce travail, travailler aussi pour les générations futures.
Le patriotisme est basé d’abord sur la connaissance : voila pourquoi l’éducation est primordiale. On devrait d’abord enseigner aux jeunes l’histoire de leur patrie, les  sacrifices de nos parents pour que nous puissions vivre aujourd’hui, les peines qu’ils ont endurés .il est primordial pour un patriote de connaitre son histoire car dit on, « si tu ne sais d’où tu viens, comment savoir ou tu vas ? ». De ce point de vue, on peut se réjouir de l’enseignement de l’éducation civique dans les écoles mais le bémol se trouve dans le contenu des programmes pédagogiques qui ne suscitent pas assez d’émotion chez les jeunes.
Les nouvelles techniques de l’information et de la communication[18] pourraient aussi jouer un grand rôle dans la construction du patriotisme. En effet, des émissions d’histoire et de civisme ne seraient pas de trop car les « NTIC » sont un très grand moyen d’éducation populaire. En outre, la famille est aussi un moyen d’éducation au patriotisme car finalement c’est le même sentiment que l’on ressent pour sa famille qu’on devrait ressentir pour sa patrie.
Le patriotisme devrait être enseigné aux forces armées encore plus qu’à tout le monde car c’est eux qui ont la charge d’assurer l’intégrité et la sécurité  du territoire au risque de perdre la vie. Pour risquer sa vie au champ de bataille, il faut être patriote. Reconstruire le patriotisme c’est dire aux camerounais que, à chaque fois, nos actes doivent mettre en avant l’idée d’amour et de préservation de la patrie.

CONCLUSION.
Peuple camerounais ! Le Cameroun nous appartient, c’est une Afrique en miniature et nous devons en être fier car pour nous, « ce pays est supérieur à tous les autres »[19].c’est ce pays qui nous a tout donné et c’est avec un très grand regret que nous constatons notre incapacité à tout le lui rembourser.
 
Ce n’est que l’amour de notre pays qui peut nous pousser à nous battre, à vaincre l’inertie, à vaincre la corruption, à vaincre le tribalisme, à vaincre les injustices, bref, à faire du Cameroun un pays meilleur. Ceci nous concerne tous ! Jeunes et adultes, chaque individu détient une part de responsabilité dans la protection de notre seul bien commun, « notre chère patrie, notre terre chérie, qui est notre seul et vrai bonheur »[20] : le Cameroun.

Soyons en conscient et renouons avec le patriotisme !!!
 

[1] Hymne national camerounais
[2] Hymne national op cit
[3] Exple : le Cameroun est notre patrie
[4] Cf. j.j ROUSSEAU, du contrat social
[5] On peut citer ici les différentes normes qui régissent la société
[6] Loi constitutionnelle 18 janv. 1996, préambule
[7] Les hommes ont des droits et des devoirs (cf. loi const op cit)
[8] Paul Léautaud - 1872-1956 - Passe-temps
[9] Cf. déclaration des droits de l’homme et du citoyen
[10] Pacte relatif aux droits civils et politiques ; pacte relatif aux droits économiques sociaux et culturels, 1966
[11] Cf. cours de droits et libertés fondamentaux, prof B-R GUIMDO
[12] Guy de Maupassant - 1850-1893 - Les Dimanches d'un bourgeois de Paris
[13] L’expression consacrée est : « détournement de fonds publics »
[14] E NJOH-MOUELLE, DE LA MEDIOCRITE A L’EXCELLENCE
[15] Cf. S.E Paul BIYA, discours du cinquantenaire de l’indépendance, 2010
[16] Préambule loi const op cit
[17] Pour reprendre René DESCARTES
[18] NTIC
[19] George Bernard Shaw - 1856-1950
[20] Cf. hymne national du Cameroun, refrain

2 commentaires:

  1. Excellente réflexion d'un jeune étudiant de Droit Public camerounais...A lire absolument...

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  2. Les bases y sont. Les réflexions plus nourries, plus à la hauteur des enjeux, suivront.

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